

Derniet volet du voyage en Laponie: au petit matin, après une nuit marquée par une nouvelle petite excursion infructueuse à 3h du matin en quête d'aurores boréales, nous devons partir d'Abisko pour revenir à Kiruna. En attendant le train, moi et quelques autres décidons d'aller voir le lac gelé en contrebas de la gare. Le spectacle est à couper le souffle: un désert de glace, immobile et silencieux.
Nous en retirons les plus belles photos du voyage, et nous apprêtons à repartir, lorsque soudain, un éclat étrange et coloré attire nos yeux: une sorte d'arc en ciel informe caché par les nuages gris qui passent. Notre exhaltation est grande, et, après un certain débat interne, nous réalisons notre chance: nous avons sous nos yeux une aurore boréale - en plein jour. A mesure que l'on se hâte de retourner vers la gare, nos yeux sont rivés sur le spectacle céleste, et, une fois installé dans le wagon surchauffé, et après avoir salué un troupeau de rennes en guise de vaches placides, nous ouvrons les vitres pour continuer à observer le phénomène, et l'on se prend à rêver...
Les lueurs persistent jusqu'au coucher du soleil (vers 14h). Arrivés à Kiruna, réjouis et satisfaits, nous décidons d'achever notre beau voyage avec la visite incontournable de l'Hôtel de Glace. Comme son nom l'indique, ce Ice Hotel est entièrement construit avec la glace du lac à proximité ("si pure et claire qu'on l'exporte jusqu'au Mexique pour des projets similaires" - je ne ferai pas de réflexion sur l'intelligence de cette belle idée), possède une cinquantaine de chambres (toutes au rez de chaussée, faut pas déconner!) et une église ravissante (avec son bénitier, son crucifix et ses bancs de fidèles, tout en glace!). D'ailleurs, aujourd'hui, 4 mariages y ont lieu - et les mariées ont l'air de frissonner un peu!
Etant donné le coût élevé de la nuit dans une chambre du dit hôtel, il est hors de question d'y coucher là, mais pour la modique somme de 17 euros, nous sommes autorisés à le visiter. Parti avec un certain a priori négatif sur ce que je risque d'y trouver, je suis agréablement surpris: même si la visite guidée de 15 minutes consiste en une apologie du génial concept d'habiter dans une maison en glace et du génie technique mis en oeuvre pour le réaliser, et même si la visite se termine oportunément dans le Ice Bar, où l'on peut déguster sa vodka suédoise dans un verre de glace pour les portes monnaies qui se sentent trop gras, l'endroit possède aussi une réelle dimension artisitique. La plupart des chambres, que l'on peut toutes admirer avant la nuit et l'arrivée des clients, ont été décorées et aménagées par des artistes invités des 4 coins du monde, ou presque. On retiendra celle conçue comme un arbre géant où le lit gelé (où s'étend une peau de renne en guise de matelas) figure à la cime, celle remplie d'étoiles et de lunes, ou encore la chambre conçue comme une champignonière (ce qui évoque en nous le périple de la mine quelques jours plus tôt!). Bref, même si les dirigeants de l'hôtel savent profiter au maximum de leur juteuse célébrité, le résultat reste féérique.
Revenus dans le centre de Kiruna et son auberge de jeunesse, la dernière nuit s'écoule, sans les lueurs nacrées désormais. Un concours de chorégraphies en groupe, une tentative de jeu du "quart de singe" version anglaise (assez délicate alors que personne ne maîtrise vraiment les subtilités de la langue de Shakespear), et une ultime -longue- ballade nocturne en quête des lumières nordiques en pleine nuit animeront la soirée.
Enfin, le lendemain matin, nous rencontrons l'éleveur de champignons un peu étrange et son van qui nous avaient conduit à la mine le premier soir, afin qu'il nous serve de taxi (pour la moitié du rpix, évidemment). Le bonhomme roublard accepte, avec un grand sourire, mais, avant de monter dans le van pour aller à l'aéroport, le malicieux nous désigne les fameuses lueurs arc-en-ciel réapparues depuis l'aube: "You know what these lights are?". "Bien-sûr", répondons nous en choeur avec un grand sourire, "ce sont des aurores boréales!". Un grand rire balaie cette affirmation un peu naïve. Notre chauffeur nous explique avec bienveillance qu'il n'est pas possible de voir des aurores boréales en plein jour. Ce que nous admirons depuis la veille, ce sont les effets de la diffraction sur des particules, des aérosols venus tout droit de l'Europe du Sud. Ce que nous avons vénéré depuis hier, c'est l'effrayante expression d'une pollution atmosphérique...
Au début incrédules, nous réalisons, dépités, qu'il ne dit peut être pas n'importe quoi (et les informations que j'ai trouvées sur Internet semblent bien lui donner raison).
Ainsi, nous n'aurons finalement vu aucune aurore boréale durant ces 5 jours, malgré tous nos efforts pour traquer ces maudites lumières. Mais qu'à cela ne tienne, le jeu en valait la chandelle!