

Si je vous dis que "och", qui signifie "et" en suédois, se prononce "auk" par les aut-och-tones du pays de la neige, avouez que c'est un super titre que j'ai trouvé cette fois, hein? Bon, reste plus qu'à broder dessus maintenant...
Pour le premier mot énigmatique, sachez que je viens de sortir de près de 4 heures de projection -gratuite- d'un célèbre et excellent film de David Lean, où un chevaucheur de chameau blond comme un suédois scande "Akaba, Akaba!" comme un furieux avec Antony Quinn et Omar Sharif à ses jupons... vous voyez de qui je parle? Et oui, faut aller jusqu'à Stockholm pour enfin voir une copie décente de Laurence d'Arabie sur grand écran!
La projection ensoleillée et torride était d'autant plus savoureuse qu'elle a laissé place à une rentrée penaude dans la brûme glacée jusqu'au bercail. Car je rappelle que c'est toujours l'hiver ici et que la poudreuse étincelante est bien la seule lumière qui risque de vous aveugler! Par ailleurs, je vous annonce avec frayeur ma dernière découverte: Stockholm est victime d'un serial siffleur. Un quoi? Un serial siffleur, oui, un type qui se prend pour un rossignol et qui m'a poursuivi déjà plusieurs fois: il était là à la sortie du Lac des Cygnes, après m'avoir déjà cassé les noisettes sur le ballet éponyme, et là, ce soir, le virtuose a récidivé pendant le retour à pied jusqu'au métro, reprenant la musique de Maurice Jarre dont le film est fortement imbibé.
Fiuuu-fiuuuu, fiu-fiu fiuuu fiuuuuuuu fiuuuu fiuuuu... La photo de Lawrence ci-dessus résumait bien ma pensée. Alors que je cherchais à découvrir l'identité du mystérieux M le Maudit, et que je me faisais la réflexion que finalement personne n'avait un quelconque accent trahissant sa nationalité lorsqu'il sifflait, j'ai salué d'un clin d'oeil international un lapin qui foldinguait dans la neige - et j'avoue préférer ça aux rats qu'on peut croiser ou entendre à l'occasion jouer dans les bennes de recyclage. Ce qui m'a rappellé que j'avais vu également chahuter il y a deux jours, devant ma fenêtre, trois petites biches frêles (des vraies, hein!) dans la clairière enneigée, qui chassaient le dahut près de la route et qui ont failli se faire transformer en purée d'airelles par une voiture bien grasse et gourmande d'essence, comme le sont la plupart des bagnoles, certes peu nombreuses, de Stockholm - sentez le regret environnementaliste pointer dans ma gorge!
Bref, le spectacle des trois bambis insolites m'invite tout naturellement à introduire Abba (vous noterez ce soir le cheminement brillant de ma pensée - alors imaginez les transitions que je suis capable de faire dans les nombreux rapports scientifiques en anglais qu'on doit rendre à KTH: mes groupes de projet trouvent curieusement mes phrases trop longues!). Car trois autres biches ont également marqué ces derniers jours: deux Françaises exhubérantes ont rendu visite à une de mes amies haute-alpine pendant la semaine, et, non contentes de me la fatiguer, elles me l'ont finalement ravie et l'ont remmener dans leurs montagnes - sous prétexte d'un stage, peuh!
Jusque là toujours rien à voir avec Abba. C'est lorsque nous sommes finalement allé un matin de -très- bonne heure manger un petit déjeuner suédois en ville que l'objet est apparu: bien sûr, rien à voir avec le chanteur, ce serait trop facile! Abba, que vous pouvez trouver dans tout bon supermarché ICA ou COOP qui se respecte, c'est une marque de produits poissonneux, dont l'emblême insolite reste assurément le caviar orangé en tube. La découverte gustative est à marquer d'une croix bien nette: pas totalement infâme, mais loin d'être sincèrement bon! Et les boulettes de poissons en conserve qu'ils commettent également n'est pas forcément un meilleur argument, même si ça change de temps en temps des boulettes de viande...
Bien, avec tout ça, il est 1h, il y a toujours de la brûme dehors, et je m'en rejouis, moi qui m'en vais faire ma lessive à 200 m de chez moi, ce qui implique trois allez-retours riants. A ceux qui me demanderont pourquoi faire une lessive à 1h du matin, je leur répondrai amèrement qu'il faut réserver la machine trois jours à l'avance, et que cet horaire là est curieusement un des plus délaissés. Enfin qui sait, avec la chance que j'ai en ce moment, je croiserai peut être un dromadaire lapon sur le chemin. Sur ce, à bientôt - demain, je visite un champ d'éoliennes, j'essaiereai de prendre des photos!
