lundi 6 avril 2009

Délivrance





Un nouvel intitulé intringuant, n'est-ce pas? Même s'il ne fait pour une fois pas référence au chef d'oeuvre cinématographique du même nom, il existe quand même plusieurs raisons à mon titre.

La première et la plus évidente est que, comme dans le reste de la Scandinavie je crois, notre ami le printemps vient de bouter l'hiver hors de Suède, du moins pour le moment: les Suédois utilisent l'expression "temps d'avril" pour définir les aléas climatiques qui secouent ce mois sacré, donc il n'est pas impossible qu'entre les deux saisons, la pire contre-attaque (j'en ris moi-même). Quoiqu'il en soit, et véritablement du jour au lendemain, on est passé mercredi dernier d'une température de gel à une chaleur quasi-caniculaire et en tout cas abondamment ensoleillée (sauf hier, ce qui m'avait fait craindre le pire). Et je pèse mes mots: je me suis offert une petite ballade sans la veste, qui était devenue pour moi une seconde peau, doré par les rayons ardents, à travers un nouveau coin de forêt près de Kungshamra. J'y ai d'ailleurs découvert une clairière, au sommet d'une colline, où je me suis allongé pour une petite sieste avec vue animée d'un ciel bleu éclatant, sur une herbe déjà sèche qui courbait l'échine après le départ de son protecteur blanc. C'était d'autant plus savoureux que je pouvais distinctement apercevoir en contre-bas le grand lac encore gelé, et à ma droite quelques flaques de neige tenace. Un régal!

Le lendemain, j'ai scruté attentivement les recoins de mon amie la forêt: si les feuilles vert tendre n'osent pas encore surgir des arbres, quelques petites fleurs bleues se sont déjà étirées en poussant les feuilles mortes, et le sol se plaît à distiller un nouveau parfum tout à fait agréable. Dans une pose très peinture romantique, je me suis hissé sur un rocher dominant le reste de mon domaine, où j'ai lu un chapitre de mon manuel de gestion des déchêts (un peu moins romantique, d'accord). J'espère que ce temps beau comme les images de mon miroir va perdurer, au moins pendant que ma charmante soeur visite Stockholm (je tiens à rassurer ses parents, la petite Marie est actuellement dans la navette pour la capitale).

L'autre raison pour laquelle j'emploi "délivrance" est nettement plus cynique: j'ai visité la semaine dernière une companie suédoise qui récolte les déchets recyclables d'une des banlieues de Stockholm, les trie et les achemine vers leur destinataires pour être remodelés. Une visite très instructive, qui m'a permis de mesurer l'empleur du matériel auquel on faisait face: les enfants, si vous m'écoutez, continuez de recycler, mais arrêtez également de consommer n'importe quoi - ceci est le premier message politique du blog! Bref, dans la catégorie désolante, il y avait cette gigantesque montagne de livres, qui se dressait là devant nous avec des connotations historiques douloureuses. Ils n'avaient en fait jamais été ouverts, étaient flambant neufs (la plupart étaient des manuels divers et variés, ou des best-sellers de l'année) et c'est leur éditeur qui les avait directement convoyé ici. J'ai naïvement demandé si les recycleurs avaient l'autorisation de tenter de revendre ou de donner les livres, et évidemment non, pour des questions évidentes (du moins pour l'éditeur) de commerce et de droits perçus. Je sens que ce genre de discussion aurait enflammé Madame ma mère...

Sur ce, je vais de ce pas chercher ma soeurette à la gare. Demain, direction Tallinn, avec une croisière similaire que celle que j'avais faite à Riga!

mercredi 1 avril 2009

Objectif Thune








Pour reprendre là où je m'étais arrêté la dernière fois, je commencerai donc par la visite d'une éolienne il y a deux semaines, visite organisée spontanément par une gentille Suèdoise du Master Sustainable Technology, dans lequel j'ai suivi quasiment tous mes cours. Ainsi donc, moi et mes collègues internationaux sommes partis en excursion à quelques dizaines de kilomètres au nord de Stockholm, afin d'atteindre une grande île de l'archipel à proximité. En effet, un Suèdois illuminé a décidé un beau jours d'y construire là, fière et solitaire, une majestueuse éolienne blanche- j'avoue que le vent ne semble pas y manquer.

Nous l'avons donc aperçue depuis le ferry que notre bus a utilisé pour traverser le bras de mer - ou le lac, ou le méandre, on ne sait jamais très bien à vrai dire... Elle semblait heureuse de notre visite puisqu'elle n'a pas cessé d'agiter les bras à notre attention. Nous l'avons finalement atteinte, afin d'en mesurer la dimension - 70 mètres et quelques pales, si je ne m'abuse. Elle m'a fait penser à une fusée, surtout lorsque nous sommes rentrés à l'intérieur de la bête en question. Avec le petit cabot du propriétaire des lieux, qui bondissait partout et attirait les caresses (le cabot, pas le propriétaire), on se serait cru au beau milieu d'On a marché sur la Lune.

On n' y était pas si à l'étroit que ça, pour tout dire - en tout cas la grosse vingtaine de mes joyeux camarades pouvaient être casée intégralement sur la plateforme. J'ai été également surpris d'y trouver un ascenseur, certes rudimentaire, en plus de l'échelle murale. En raison du vent qui ne se privait pas, nous n'avons pas été autorisés à monter jusque dans la nacelle, à cause du bruit et des vibrations - je me demande de toute façon combien de temps cela aurait pu prendre de nous faire tous monter et redescendre...

Le bonhomme qui avait fait construire cette belle hélice ne parlait que suédois, et il était visiblement surpris (les piliers du bar local le furent plus encore par la suite!) de voir débarquer les rejetons des 5 continents (ou presque) visiter son chef d'oeuvre. Imaginer un mélange d'européens, de chinois, de sud-américains, d'africains et j'en passe, aucun ne parlant suédois! C'est donc son frère qui nous a traduit ses propos en anglais avec quelques dizaines de secondes de décalage. D'après ce que j'ai compris, plutôt que de construire une ferme ou d'exploiter la forêt avoisinante, le gaillard avait utilisé son terrain pour réaliser ce projet un peu fou - il lui a fallu près de 8 ans pour le faire aboutir. L'investissement devrait être rentabilisé en 2010, et le Suédois s'en frottait les mains d'avance. Apparemment, c'était surtout les couronnes suédoises qui semblait motiver son choix, même si j'ai cru déceler aussi une pointe de fierté environnementale et d'idéalisme. Comme il revend directement l'électricité produite sur le réseau, ce projet ne rapporte pour l'instant rien du tout aux autres riverains de l'île, qui ont en revanche notoirement râlé dès la naissance du projet, pour des questions d'esthétisme: effectivement, au milieu de ce bel archipel de petites îles sculptées par la forêt, il est difficile de rater l'objet tout blanc qui se détache du ciel gris.

Mais l'avenir est en marche, et nous avons pu apercevoir un nouveau chantier à 200 mètres de la première éolienne, qui verra accoucher la petite soeur, qui devrait néanmoins dépasser son ainée en taille et en puissance. Le nouveau né appartiendra par contre théoriquement aux habitant de l'île, du moins ceux qui pourront en acheter une part, si toutefois ils veulent investir dedans.

J'ajouterai que cette éolienne n'était guère bruyante, même en étant à ses pieds. De toute façon, une loi fixe désormais une interdiction de construire dans un rayon de 500 m autour, par mesure de sécurité et de confort. D'ailleurs, pour souligner l'utilité de cette loi, j'ai pris conscience d'un détail qui ne m'avait jamais traversé l'esprit auparavant: imaginez vous vivre à proximité d'une éolienne, quand le soleil brille - faites abstraction de la Suède - et essayez d'estimer votre patience vis à vis de l'ombre des pales qui fait clignoter inlassablement votre joli salon...

Nous sommes donc rentrés en fin d'après-midi à Stockholm, la tête dans les nuages et la Lune.