

Après un lever aux aurores (même si cette expression perd un peu de son sens en cette saison) et un frugal petit déjeuner, nous nous réunissons pour gravir la montagne jusqu'au chenil aboyant. Ayant récupéré une admirable combinaison de ski noir et jaune fluo de fort bon goût et des moonboots bien fourrées, je suis armé pour l'expérience ultime: conduire des chiens de traîneau, moi qui ai toujours été si confiant et courageux en face d'un canidé...
Arrivés devant les bestioles, on nous sépare en deux, vu le nombre élevé de participants: la moitié conduira les traîneaux pendant la première heure, tandis que l'autre les suivra plus ou moins librement, assis spartiatement dans deux wagonets tracté par une moto-neige. Mais avant cela, je n'y coupe pas: il faut enfiler leur harnais à un ou deux chiens. On me fait donc entrer dans une cage sinistre où m'attendent trois loups assoiffés de sang... qui s'avèrent être finalement d'une passivité exemplaire une fois qu'on les a pris par le collier, et j'en suis relativement sidéré! Le troisième est tout de même un peu espiègle et s'amuse à jouer à cache-cache entre les deux niches posées dans la cage pendant un bon moment.
Puis l'on doit traîner les bébêtes par le collier jusqu'à une place très précise pour chaque traîneau et l'atteler (et les dites bébêtes ont l'air folles de joie de sortir de leur cage, voire un peu trop vu qu'elles essaient de se barrer n'importe où, en jappant allégrement). Et, à mesure que les chiens sont attachés à leur traîneaux respectifs, un concert de hurlements exhaltés ou plaintifs démarre, assez magnifique et impressionnant, tandis que la plupart des quadripèdes essaient de faire démarrer leur traîneau en le tirant désespérément, alors que celui-ci est ancré comme un navire à la neige glacée. Au total, c'est une petite dizaine de traîneau qui se met en branle, à raison de quatre chiens par traîneau, chacun conduit par une personne. Et je précise que non seulement le bruit mais aussi l'odeur sont au rendez-vous...
Moi, je m'assois confortablement en queue du deuxième wagon, derrière la moto-neige. Je réalise rapidement que le sourire adressé avant de partir par le joyeux Suédois qui conduit l'engin signifie que c'est la place la plus chaotique: en effet, la petite ballade endiablée qui s'en suit dépasse largement en sensation les montagnes russes les plus redoutables! De bosse en bosse, en essayant d'éviter les vagues de neige qui nous arrivent dans la frimousse, nous contemplons le paysage désert et encourageons réguliérement les pilotes de traîneau que l'on dépasse.
Enfin, à mi chemin, après avoir dégusté une glace bien fraîche en traversant un lac gelé, nous changeons de véhicules, comme avant sous le choeur de hurlements lupins, et je me met à piloter (admirablement, cela va sans dire) mon propre traîneau, avec quatre chiens fort sympatiques. Bon, en fait, je vous l'avoue, il n'y avait pas grand mérite à arriver sain et sauf, vu que les chiens dirigeaient quasiment eux-même le traîneau. Il suffit juste de freiner dans les descentes ou quand le cortège s'arrête (ces idiots à fourrure voulant tout le temps dépasser tout le monde) et d'aider à pousser dans les montées (mais pas trop quand même, vous me connaissez), voire de vaguement diriger l'engin en poussant d'un côté ou de l'autre. Et de hurler pour avertir le grand blond de tête si les chiens se bagarrent entre eux (mais je n'en ai pas eu l'occasion, ouf!).
Au final, une petite heure de Jack London au beau milieu de la Laponie, sans aucune chute ou morsure (contrairement à certaines vétérinaires?). Je vous le demande, que rêver de plus pour des vacances d'hiver?


