vendredi 23 janvier 2009

Le traîneau du Père Noël




Après un lever aux aurores (même si cette expression perd un peu de son sens en cette saison) et un frugal petit déjeuner, nous nous réunissons pour gravir la montagne jusqu'au chenil aboyant. Ayant récupéré une admirable combinaison de ski noir et jaune fluo de fort bon goût et des moonboots bien fourrées, je suis armé pour l'expérience ultime: conduire des chiens de traîneau, moi qui ai toujours été si confiant et courageux en face d'un canidé...

Arrivés devant les bestioles, on nous sépare en deux, vu le nombre élevé de participants: la moitié conduira les traîneaux pendant la première heure, tandis que l'autre les suivra plus ou moins librement, assis spartiatement dans deux wagonets tracté par une moto-neige. Mais avant cela, je n'y coupe pas: il faut enfiler leur harnais à un ou deux chiens. On me fait donc entrer dans une cage sinistre où m'attendent trois loups assoiffés de sang... qui s'avèrent être finalement d'une passivité exemplaire une fois qu'on les a pris par le collier, et j'en suis relativement sidéré! Le troisième est tout de même un peu espiègle et s'amuse à jouer à cache-cache entre les deux niches posées dans la cage pendant un bon moment.

Puis l'on doit traîner les bébêtes par le collier jusqu'à une place très précise pour chaque traîneau et l'atteler (et les dites bébêtes ont l'air folles de joie de sortir de leur cage, voire un peu trop vu qu'elles essaient de se barrer n'importe où, en jappant allégrement). Et, à mesure que les chiens sont attachés à leur traîneaux respectifs, un concert de hurlements exhaltés ou plaintifs démarre, assez magnifique et impressionnant, tandis que la plupart des quadripèdes essaient de faire démarrer leur traîneau en le tirant désespérément, alors que celui-ci est ancré comme un navire à la neige glacée. Au total, c'est une petite dizaine de traîneau qui se met en branle, à raison de quatre chiens par traîneau, chacun conduit par une personne. Et je précise que non seulement le bruit mais aussi l'odeur sont au rendez-vous...

Moi, je m'assois confortablement en queue du deuxième wagon, derrière la moto-neige. Je réalise rapidement que le sourire adressé avant de partir par le joyeux Suédois qui conduit l'engin signifie que c'est la place la plus chaotique: en effet, la petite ballade endiablée qui s'en suit dépasse largement en sensation les montagnes russes les plus redoutables! De bosse en bosse, en essayant d'éviter les vagues de neige qui nous arrivent dans la frimousse, nous contemplons le paysage désert et encourageons réguliérement les pilotes de traîneau que l'on dépasse.

Enfin, à mi chemin, après avoir dégusté une glace bien fraîche en traversant un lac gelé, nous changeons de véhicules, comme avant sous le choeur de hurlements lupins, et je me met à piloter (admirablement, cela va sans dire) mon propre traîneau, avec quatre chiens fort sympatiques. Bon, en fait, je vous l'avoue, il n'y avait pas grand mérite à arriver sain et sauf, vu que les chiens dirigeaient quasiment eux-même le traîneau. Il suffit juste de freiner dans les descentes ou quand le cortège s'arrête (ces idiots à fourrure voulant tout le temps dépasser tout le monde) et d'aider à pousser dans les montées (mais pas trop quand même, vous me connaissez), voire de vaguement diriger l'engin en poussant d'un côté ou de l'autre. Et de hurler pour avertir le grand blond de tête si les chiens se bagarrent entre eux (mais je n'en ai pas eu l'occasion, ouf!).

Au final, une petite heure de Jack London au beau milieu de la Laponie, sans aucune chute ou morsure (contrairement à certaines vétérinaires?). Je vous le demande, que rêver de plus pour des vacances d'hiver?

samedi 17 janvier 2009

Abisko - rien à voir avec le chanteur...






Le lendemain de notre arrivée à Kiruna, nous prenons le train, direction Abisko, un parc national encore plus au Nord, entre Kiruna et Narvik. Nous avons réservé là-bas deux nuits dans une auberge de jeunesse, qui offre également un sauna quotidien et une ballade de deux heures en chien de traîneau. Sachant qu'il y a là-bas deux gares, nous nous arrêtons évidemment à la mauvaise, où, à part un bâtiment de l'office de tourisme, il n'y a rien que de la glace et de la neige, posées sur un superbe paysage (avec des montagnes, une rareté en Suède!).

Nous décidons donc, en attendant la tombée de la nuit et le seul train de la journée qui nous ramènera à l'autre gare (la bonne), de partir en ballade. C'est l'occasion de vérifier la qualité de nos vêtements: mon anorak rouge se révèle non seulement voyant, mais aussi plutôt efficace avec la polaire en dessous. Les chaussures de marche et leur grosse paire de chaussettes survivent aux enlisements dans la neige profonde, et le jeans avec son caleçon long en-dessous assure le service minimum (une pensée émue à mes amis métropolitains). Les gants et le bonnet se révèlent par contre assez limités au bout d'une heure, et les joues nues finissent par prendre un sacré coup à la fin de la journée (heureusement, l'Allemande qui est avec nous a rapporté une simili-graisse de phoque pour se vernir le visage façon musée Grévin).

Bref on survit, jusqu'à l'arrivée d'un camp sami désert (et reconstitué), où l'on essaie de se réfugier dans les cabanes haut perchées, en vain [cf photo]. Une sorte de Grand Canyon de glace se laisse également admirer dans le crépuscule, et nous suivons la rivière qui s'en écoule jusqu'à un grand lac majestueux et mi-gelé. Enfin, vu l'état des pieds de l'un d'entre nous, on se hâte de rentrer au bercail en attendant le train, qu'on manque de louper ensuite, d'ailleurs, vu que le perfide est arrivé en avance!

Nous arrivons enfin au petit village d'Abisko-Est, et sa gare déserte. Une pensée nous a réanimé durant tout cet après-midi fraîcheur: le délicieux sauna du soir aux températures positives... Mais en fait personne ne s'est vraiment préoccupé des consignes pour l'utiliser: or le patron débonnaire du magnifique chalet dans lequel nous logeons nous apprend, que, pour utiliser ce merveilleux Swedish Montain Sauna, qui fait toute la fierté de la maison, il faut, "par mesure d'hygiène", y entrer sans aucun vêtement ou serviette personnels... Par ailleurs, étant donné qu'un créneau d'une heure et demi nous est réservé à nous dix, puisqu'ensuite les autres du chalet y passent à leur tour, et qu'il est impossible d'y prévoir plus d'un passage dans ce labs de temps, cela signifie donc sauna mixte tous ensemble! Je vous épargne le débat houleux qui s'en suit, mais, une heure plus tard, c'est donc bien tout le groupe au grand complet qui pénètre dans cette fournaise, en tenue d'Adam et d'Eve... Scène surréaliste quand on y repense, étant donné qu'en plus, chacun est tenu de se doucher à la suédoise en se renversant sur le gueule une bonne bassine "moitié eau chaude, moitié eau froide" après s'être savonné à la lueur du feu - je vous rassure, si vous en doutiez, le Suédois roublard est aussi là à poil pour nous expliquer comment l'on procède pour prendre sa douche, remettre du bois dans la cheminée et jeter de l'eau sur le feu...

Et donc, dans la pénombre humide de cette salle tout de bois vêtue, on suffoque là pendant une heure et demi, souvent hilares, en ponctuant les bouffées de vapeurs violentes par des -courtes- sorties hystériques dans la neige avoisinante, Suède oblige, toujours nus comme des vers. Bon, pour des raisons de droit à l'image, vous ne verrez pas la photo où les dix petits angelots grelottent à poils en sautillant dans l'attente du flash, mais sachez qu'elle nous a coûté bon nombre de frissons! Bref, on a tellement aimé qu'on y retournera le lendemain, à la même heure!

Enfin, la journée s'achève par une promenade en raquette à neige, à la recherche pleine d'espoir d'aurores boréales, sans succès hélas. Par contre, on réussit à déclencher l'aboiement des chiens-loups du chenil dans la montagne, ce qui, vous l'imaginez, me réconforte au plus haut point, moi qui vais devoir les atteler à un traîneau le lendemain!

mardi 13 janvier 2009

Kiruna mon amour




Hej hej! Je tiens tout d'abord à souhaiter la bonne année à ceux que j'aurais réussi à manquer ces dernières vacances: GOTT NYTT ÅR!

Après mes délicieux réveillons de Noël et du Nouvel An passés en France, je suis rentré à Stockholm lundi dernier, pour en repartir douze heures plus tard. Direction: Kiruna, au Nord de la Suède, dans la Laponie profonde (le pays des Samis, plutôt, pour être politiquement correct - j'en profite pour saluer mes Samis, d'ailleurs!). Deux cent kilomètres au dessus du cercle polaire, au mois le plus froid de l'année: tentant, hein?

Nous sommes partis à 10, avec 4 Français, 1 Allemande et 5 Italiens, en prenant l'avion, vu que le train était tout aussi cher et 6 fois plus long. Arrivés mardi à 13h à l'aéroport, nous découvrons qu'aucun bus ne circule en hiver vers le centre de Kiruna, là où se dresse l'hôtel que l'on a réservé... Qu'à cela ne tienne, nous engageons un chauffeur de navette qui moisissait là en attendant des passagers vers l'Ice Hotel (dont nous reparlerons plus loin). Nous voyageons donc en bus privé jusqu'à notre hôtel, tout à fait charmant, avec 3 chambres, deux salle de bains et deux cuisines qui nous attendent (très) chaleureusement, comparé à la température extérieure, qui avoisine les -13°C (je sais, vous me direz, c'est pratiquement la température qu'il fait à Marseille en ce moment).

Après avoir posé nos sacs et erré dans les rues désertes et bien blanches de cette ville très allongée, nous décidons d'aller visiter le fameux hôtel de glace à l'extérieur de la ville. Erreur: c'est le jour de l'Epiphanie, férié en Suède, et aucun bus ne circule non plus depuis la ville. Il est 14h30 et il fait nuit. Nous songeons alors à visiter la mine de Kiruna, qui descend jusqu'à 1 km de profondeur et s'étale en face de la ville, avec toutes ses lumières (trop!) visibles. Mais là encore: comment y aller? C'est alors que nous apprenons qu'un personnage obscur fait pousser des champignons japonais au fond de cette mine, et se propose de nous y emmener nous la faire visiter: on ne peut pas rater ça! Ayant recueuilli 3 Allemands suplémentaires avec nous, nous nous retrouvons à 13 dans le van (prévu pour 8) conduit par cet étrange individu assez jovial et plutôt enthousiaste quand il s'agit de raconter les conflits sociaux des mineurs de Kiruna, et les histoires de fantômes!
Après une descente aux enfers jusqu'à 500 m de profondeur, sur une route bétonnée sans lumières, nous descendons du van, visitons la salle de machines de la mine et tentons de comprendre le procédé vachement ingénieux qui permet de la creuser étage par étage, à l'aide de la bonne vieille dynamite nationale. Anecdote notable: le guide nous assure que chaque nuit à 1h30 du matin, on peut sentir la secousse dans toute la ville quand la charge explose... Nous resterons éveillés deux soirs de suite pour la sentir, en vain. Se serait-il doucement foutu de nous?
Enfin, le caractère "Alice aux pays des 7 nains" atteint son paroxysme quand nous entrons dans cette caverne où ce bon vieux grand-père un peu Chafouin sur les bords fait pousser ses champignons sur des bûches de bois (la température et l'humidité constantes étant des atouts clés, affirme le bonhomme). Nous les goûtons, ces fameux "Shii také" renommés dans les restaurants: ils sont effectivement forts en goûts, et rappellent un peu le bleu d'auvergne quand on les mastique assez longtemps...
Le gars nous ramène enfin à l'hôtel, où nous mangeons pour la première (mais pas le dernière) fois du périple des pâtes italiennes, sauce Renato (du nom de son jeune inventeur présent dans le groupe)....