vendredi 31 juillet 2009

Adjö!






Bon, je mets officiellement un terme à ce somptueux blog avec un dernier message - il serait temps me direz-vous, ça fait déjà 2 mois que j'ai quitté le pays des blonds et des lacs!

Pour faire court, après Malmö, je suis rentré à Stockholm, j'ai passé mon dernier exam (haut la main, cela va sans dire), et j'ai occupé mes derniers jours sur place en tournant un court-métrage, avec une merveilleuse caméra numérique HD que m'avait prêté en toute confiance ma Kulturhuset préférée. Le chef d'oeuvre cinématographique dans les tons verts s'annonce d'ailleurs très spécial au vu du montage que je suis en train de faire (mais le contraire vous aurait étonné)!

Et j'ai tiré ma révérence, après avoir festoyé avec mes petits voisins du Pakistan, du Bengladesh, de Russie et de Chine, en quittant Bergshamra à deux heure du matin, dans la nuit sans nuit, chargé comme un renne, pour attraper le bon bus de nuit et atteindre mon avion qui décollait à 7h.

Je vous montre en guise d'au-revoir mes photos de Stockholm les plus récentes, j'aurais aimé vous en offrir plus, mais malheureusement, on ne photographie que ce que l'on connaît le moins, et en l'occurence, je me rends compte que je n'ai jamais vraiment pris le temps d'immortaliser exhaustivement la vieille ville et les belles îles autour... Bah, ce sera pour une fois, j'y retournerai de toute façon sûrement un jour, vu que j'y ai laisser un gros sac de 15 kilos, l'Air de M. Ryan ne tolérant pas les poids lourds!

Et c'est ainsi que s'est finie mon année d'étude: Adieu blonds, COOP, ICA, Eramsus...

Comme je sais que beaucoup versent déjà une larme en pensant qu'ils n'auront plus l'occasion de lire mes proses sporadiques, je tiens à les réconforter, en leur donnant un lien vers le blog prometteur d'une personne anonyme (pour qui j'ai la plus haute estime, je tiens à vous le dire), qui a décidé de consacrer ses écrits à la gloire d'une petite ville de l'Allemagne de l'est à quelques dizaines de kilomètres de Berlin (mais comment s'est-il retrouvé là-bas?) :

http://fred-et-le-brandebourg.blogspot.com/

Sur ce, hej då, puss och kram, och vi ses!

Malmö (fait de quitter la Suède)





Après mûres réflexions, j'ai choisi, pour conclure (enfin!) mes péripéties, de vous parler de Malmö, la troisième grande ville de la Suède après Stockholm et Göteborg.

Malmö est la voisine suédoise de Coppenhague, les deux soeurs étant séparées d'à peine quelques dizaines de kilomètres, par le fameux pont de je-ne-sais-plus quoi, dont vous pouvez apprécier la dimension sur la photo ci-dessus. Ainsi, à mon retour de mon petit voyage au Danemark, en ce bel après midi ensoleillé de mai où l'on fait ce qu'il nous plaît, j'ai donc fait une escale de quelques heures à Malmö en attendant mon train du soir pour Stockholm. Le centre ville ayant l'air agréable mais assez convenu, j'ai donc consacré ma petite halte à la visite de cette fameuse tour blanche flambant neuve dont on m'avait parlé et le quartier "écologique" environnant, au nord-ouest de la ville.

Comme vous pouvez le constater, ce superbe gratte-ciel scandinave a de la gueule, même si celle-ci est un peu tordue et vous filerait volontiers un torticolis. Il m'a fallu traverser la moitié de la ville pour la voir, à travers une vieille zone portuaire et industrielle assez peu attractive, mais le jeu en valait la chandelle... Cette bestiole est tellement impressionnante qu'il m'a fallu un certain nombre d'essais avant de trouver un point de vue pour l'avoir à peu près en entier. Apparemment, elle renferme des appartements d'habitation, mais que la plupart des gens ne font que louer périodiquement, loyer oblige, histoire d'avoir la folie des grandeurs de temps en temps. Elle domine une grande étendue d'herbe devant une zone d'habitation, où l'autre curiosité de taille plus modeste est l'aire de jeux pour enfant, qui m'a paru assez singulière pour être photographiée (malheureusement, je n'ai pas eu le temps de trop m'en approcher).

Au delà de cette tour, le nouveau quartier dit écologique, très séduisant lui aussi, qui trempe ses pieds dans des petits canaux en regardant la mer, le pont truc-muche et les rives de la grande voisine scandinave. Des petits immeubles aérés se reposent là, aux formes design, admirablement aménagés, certains recouverts de panneaux solaires, d'autres tout de verre vêtus, tous impeccablement isolés j'imagine. Un véritable petit réseau de passerelles enjambe des bassins ou traverse des minis-jardins, l'ensemble constituant un petit labyrinthe assez insolite.

Enfin, on arrive devant la mer, où un petit parc et de nombreux bancs permettent de flemmasser en la contemplant du haut d'une jolie jetée de bois. Bref, un cadre enchanteur, où pour la première fois je me suis dit qu'il était possible de construire une zone de lôtissement avec intelligence et esthétisme, et qui m'a également confirmé que nos amis suédois, par certains côtés, étaient quand même déjà bien avancé niveau préservation de l'environnement, ce qui n'est pas le cas de tout le monde...

jeudi 9 juillet 2009

Erasme est descendu à Copenhague








Allez, un des derniers messages de ce blog suédois (et sûrement le plus long), savourez-le bien! D'autant qu'il s'aventure une nouvelle fois en dehors de ma capitale chérie, qui commence à me manquer! Il a pour objet la ville qui se verdit à vue d'oeil, en prévision de la Conférence Internationale sur le Climat dans quelques mois: j'ai nommé Copenhague, ou København pour les initiés, mais ne me demandez pas comment ça se prononce! Ils ont pas idée aussi, ces salamis, au moins Stockholm ça s'écrit comme ça se prononce, et ça ne change pas de nom dans chaque langue!

Donc, un beau jour de mai, alors que je m'ennuyais chez moi, que je finissais tant bien que mal mon projet de fin d'étude sur le traitement des eaux en Antarctique, tout en me préparant psychologiquement à mon départ imminent et définitif de la Suède et en organisant soigneusement un tournage de court-métrage, je me suis souvenu de ma promesse sollennelle faites à une blonde émigrée au Danemark, Clémence, qui m'avait rendu visite en octobre à Stockholm. Mon serment stipulait qu'avant la fin de l'année, je passerai lui rendre la pareille pour visiter sa ville d'adoption, et j'en profiterai pour lui apporter un saumon suédois tout frais...

Ce petit besoin de bouger était également dû au fait que mon ex-coloc' nancéen et sa future épouse (mais si, mais si!) m'avaient rendu visite trois jours auparavant, réssucitant en moi une certaine nostalgie des amis de la Lorraine. Et le fait que je m'apprétais à entamer un stage de 6 mois sans vacance m'était aussi insupportable...

Bref, l'idée me trotte dans l'esprit pendant toute l'après-midi, et, alors que je rentre d'une soirée en vélo pendant la nuit, je croise sur la route une biche arpentant le bitume, qui me regarde placidement. "C'est un signe d'Odin", me dis-je (mon hôte danoise s'appellant en effet officiellement Bibiche). La décision est prise à 3h du matin, le billet acheté en dernière minute vers 9h, et, en fin de matinée, me voici dans le train pour Copenhague! Après avoir poliment averti Clémence de mon arrivée six heures plus tard avec un SMS assez succinct, je coupe le portable (économie de batterie et d'énergie, vous me connaissez!) et engage une conversation avec mon voisin suédois d'un certain âge qui évoque avec moi l'industrie automobile, les ministres français d'il y a trente ans et l'architecture de Malmö - la ville suédoise en face de Copenhague.

Il réussit d'ailleurs à me convaincre de visiter le nouveau quartier écologique de Malmö à l'aller ou au retour, vu que c'est de toute façon un passage obligé par la voie terrestre que j'ai choisi (oui, il existe en effet un pont entre le Danemark et la Suède!). A mon arrivée, je visite le centre de Malmö en attendant mon bus pour traverser la frontière, et y découvre une ambiance assez sympatique, le beau temps étant de la partie. Mais pas le temps de s'attarder, mon bus m'emmène d'un bond sur le pont géant entre les deux villes, et, à 17h, je pose mon petit sac près de la fontaine de Kongens Nytorv, au coeur de la ville natale de la Petite Sirène, après être rentré en contact avec cette nouvelle langue scandinave, guturale et curieuse, qu'est le danois, par l'intermédiaire de deux jeunes illuminés pentecôtistes m'assurant avec un enthousiasme communicatif que Jésus est redescendu parmi eux - je ne savais pas alors que mon arrivée avait fait tant de bruit et en si peu de temps...

En attendant Bibiche quelques heures et en méditant sur la caractère très spontané de la vie Erasmus (testé au bout de ses limites durant ce petit voyage, vous l'aurez compris!), je visite le petit port de Nyhavn, charmante carte postale animée jonchée de mats flambant neufs et de façades multicolores, puis je savoure les rayons rasant du soleil en révisant mes cours pour mon dernier examen (oui, un petit détail que j'avais négligé au moment de la décison de partir!). Je retrouve finalement la vraie blonde, plus en forme que jamais, et je lui offre mes deux petits pavés de saumons surgelés achetés au Liddle, comme convenus (ça m'a d'ailleurs rappellé une nouvelle d'Umberto Eco là-dessus...). Nous passons la soirée dans un restaurant végétarien grec recommandé par son copain achéen à la barbe digne d'un vase antique. Il est ensuite décidé que je passe la nuit dans la chambre de Bibiche, niché au coeur d'une petite maisonnette remplis d'une dizaine d'autres hurluberlus d'étudiants des quatre coins de l'Europe, tandis que la petite Clémence s'exile chez son copain, puisque la chambre n'est pas assez grande pour deux, et, ajoute-t-elle souriante et sincère, "il ne vaut mieux pas dormir sur la moquette, c'est là que les plus grosses araignées dans ma chambre ont été vu".

Quelques petits frissons de scrupules et d'arachnophobie plus tard, je me retrouve finalement à squatter un lit très confortable, et passe finalement une excellente nuit dans ma nouvelle demeure, dans la campagne environnant Copenhague, en digérant une soupe curieusement rose et rouge offerte de bon coeur par un couple balte de la chambre d'à côté.

Le lendemain, je parcours la capitale, je visite la Glyptotek, une curieuse fondation de l'ami Carlsberg (le fondateur de la fameuse bière danoise du même nom), destinée aux sculptures françaises et nordiques et à quelques magnifiques tableaux impressionistes tout à fait alléchant (dont la moitié de la collection sera malheureusement fermée au public ce jour-là, j'en peste encore!), à deux pas du parc d'attraction Tivoli (que je n'ai volontairement pas visité suivant les conseils forcément pertinents de ma guide attitrée). Nous parcourons ensuite ensemble le Musée National, rempli de salles instructives et (très) détaillées sur l'histoire du Danemark, mais possédant aussi quelques perles rares, tels ces superbes cadres rococo...

Puis nous décidons d'aller à Christiansen, ce quartier sidérant au milieu de la capitale, où, depuis les années 70, une tentative de vie communautaire affranchie des lois et des impôts locaux s'expérimente, pour le meilleur et pour le pire, depuis que quelques jeunes effrontés ont investi un ancien site désaffecté il y a trente ans. Des familles entières y habitent aujourd'hui, et le site est un véritable petit village d'artiste dans la ville. Des décorations "Flower Power" sur les murs ou des étals d'herbes "exotiques" en tout genre affichés au grand jour, je ne sais pas ce qui était le plus étonnant. En tout cas un endroit tout à fait unique et très intéressant!

Nous tentons ensuite de repérer la nouvelle bibliothèque en verre sombre, le fameux "Black diamond" (que ma guide de Vezoul s'obstine malgré mes moqueries à confondre avec un autre bâtiment), et tentons de rentrer en bateau (très pratique à Copenhague, en complément du bus, du vélo et du métro) pour retourner vers le centre-ville, en nous trompant évidemment de sens de navigation et en exaspérant son capitaine. Un petit barbecue avec de joyeux Français inconnus clôt la soirée.

Le lendemain, après avoir visité un observatoire astronomique en spirale reconverti en tour panoramique, nous nous organisons une petite excursion dans un musée très excentré de la ville, célèbre lui aussi pour ses collections d'impressionistes français (faut-il donc aller dans la campagne danoise pour voir des Cézanne alors qu'on n'en trouve pas à Aix-en-Provence?). Puis nous nous fixons l'objectif de visiter un "parc aux biches", où, m'affirmera-t-on, il est possible d'approcher les cervidés apprioisés et même de les caresser ( malgré les panneaux réguliers représentant des biches en train de paître, je soupçonne toujours Bibiche de s'être doucement foutue de moi sur la teneur véritable de ce parc!). Au final, nous ne verrons pas un seul bamby, mais nous tomberons nez-à-nez avec un grand parc d'attraction, rival affirmé du Tivoli, et assez peu discret pour un parc à bichounettes! La traditionnelle glace et une attraction stupide et humide plus tard, nous voici revenu à Copenhague, pour célébrer cette fois-ci un repas franco-grec, avec comme apéritif mes fameux pavés de saumon suédois!

Enfin, le dernier jour, nous enfourchons les Vélibs locaux, pour aller voir cette petite crotte minuscule qu'on nomme la Petite Sirène de Copenhague (offerte par l'ami Carlsberg, encore lui!), vraiment peu impressionnante, si ce n'est par la horde de touristes qu'elle réussit à amasser devant elle. Nous assistons à la relève de la garde, je me fais voler mon Vélib, nous trouvons le vrai "Black Diamond", etje fais mes adieux à Bibiche en vitesse, avant de lui laisser une poignée de cartes postales à poster et de m'engoufrer dans mon bus de retour trop ponctuel.
Un très sympatique petit voyage, donc, riche en expérience et en rencontres, qui m'aura permis de tester au maximum le fameux "Erasmus Spririt" (non, pour une fois, ce n'est pas de l'alcool!) et de découvrir un autre style de vie scandinave...

lundi 6 juillet 2009

La Suède Intérieure Brute







Puisque je me dois de relater fidèlement mon périple sans en perdre une miète, je continue sur la lancée du "Tour de citées" pour vous décrire trois villes suédoises de moyennes importance, dans la Suède un peu profonde, que j'ai visité à différents moments: Eskilstuna, Örebro et Uppsala. Les deux premières ont été visité à la fin de l'hiver (c'est-à-dire en avril) alors qu'une petite veste blanche et fondante recouvrait encore à moitié le paysage, à cette époque bénie où il ne faisait pas trente degrés tout le temps!

Ville de taille moyenne, d'animation moyenne, avec un centre-ville moyen, voici Eskilstuna, à 150 km de Stockholm! Je ne me permettrais pas de critiquer trop violemment la ville d'adoption d'un compatriote chez qui nous (moi et 3 Français) avions dormi une nuit, mais il faut bien avouer qu'on ne doit pas forcément se marrer tous les jours, là-bas... D'ailleurs le dit compatriote en était réduit à décimer les canards qu'il rencontrait à coup de boules de neige pour passer le temps (heureusement, votre fidèle défenseur de la nature et du foie gras s'est indigné de cette pratique, comme vous pouvez vous en douter!). Bon, les maisons multicolores au bord de l'eau avaient un certain charme, même dans l'éclatant gris du soir. Par contre le coeur de la ville était absolument... quelconque, avec des immenses rues toutes droites sans courbe et sans surprises. Et vous noterez aussi la présence d'une maison absolument pas droite au bord de la route, assez effrayante pour que je daigne l'immortaliser.

Les deux évènements insolites de la soirée qu'on a passé là-bas étaient l'heure "Save the planet", où les gens soucieux de leur environnement étaient sensés couper leur lumière et leurs appareils électriques pendant une heure partout dans le monde (ce qui fût majoritairement fait dans la ville, comme quoi, ces Suèdois sont des chics types!) et par une intervention musclée de la police sous notre fenêtre pour appréhender une grosse brute de supporter alcoolique assez violent (comme quoi, ces Suédois ne sont pas tous des chics types!).

Dans la foulée, nous avons aussi visité Örebro, ville d'une importance légèrement supérieure à la précédente, sans pour autant être fabuleusement plus intéressante. Au beau milieu de la Suède, elle arrive quand même à se démarquer de sa collègue grâce à sa grosse forteresse médiévale en plein coeur de la ville, avec ses donjons, ses remparts et ses douves. Assez massive, pas forcément élégante, mais au moins impressionnante. Nous avons également profité d'une agréable rivière (chose qui en fait finissait par me manquer à Stockholm, malgré tous les lacs et les îles), qui traverse la ville et rejoint un éco-musée local, une sorte de Skansen du pauvre miniature, à mettre sous la dent de l'autochtone.

Enfin, quelque temps plus tard, la même troupe de choc française, à une exception près, est allé investir Uppsala, la grosse ville étudiante à une cinquantaine de kilomètres au Nord de Stockholm. Je vous dirais bien que j'ai découvert là une ville élégante et raffinée, mais vu les circonstances, je n'en ai pas vraiment eu l'occasion: c'était en effet la Valborg Party, c'est-à-dire la fête du Printemps. Une occasion pour les Suédois normaux de saluer le retour tant attendu du beau temps et de la chaleur (ce qui coincidait effectivement avec la météo, pour une fois), en mangeant des glaces, en s'adonnant à des joutes nautiques et en chantant autour d'un feu de camp, mais c'était aussi officieusement un prétexte pour tous les étudiants de la capitale et d'Uppsala de se rejoindre fraternellement et de boire jusqu'à ce que soir s'en suive pour célébrer le retour des hirondelles...

J'avoue avoir rarement vu une zone aussi vaste et verte complétement rempli de déchets, au sens propre comme au figuré! Dans une atmosphère débridée, décontractée et plutôt écoeurante (les barbecues improvisés n'aidaient pas à respirer!), chacun s'en est donné à coeur joie et à gorge déployée - qu'on se rassure, je n'ai pas fait exception! Au final, je n'ai donc pas eu le temps de contempler les beautés certainement nombreuses de cette ville, tout juste ai-je pu visiter son parc à détritus, sa gare, son Burger King et l'appartement de lycéens fans de heavy metal - qu'on se rassure, je n'y suis pas resté longtemps!

Et voilà ce qu'il en est de mon expérience d'une Suède plus "brut" et authentique. Conclusion qui s'en impose: j'avais quand même bien fait de choisir Stockholm!

dimanche 21 juin 2009

T'as l'inoubliable!







Mais non, mais non, mon blog n'est pas mort!

Après une douce parenthèse de deux ou trois mois, il s'en est évidément passé, des choses! Comme vous le savez sûrement, je suis rentré en France depuis trois semaines, mais ce n'est pas une raison pour ne pas rattrapper mon retard afin d'achever dignement mon petit carnet de voyage! J'ai été relativement bien occupé ces derniers temps, d'où mon mutisme lamentable. Je mets d'ailleurs solennellement les derniers messages de ce blog dans le thème "Tour des cités", vu que ces trois derniers mois, j'en ai finalement visité pas mal.

Alors, où en étions-nous? Ma grande soeur arrivait, sans son gros chat, pour passer une petite semaine et me donner des nouvelles du pays lointain. Je vous épargnerai donc les innombrables glaces fruitées dont on s'est gavé pour l'occasion (il a fait un temps superbe, et à quelques exceptions près, il n'a jamais vraiment fait moche ensuite jusqu'à mon départ fin mai). Vous aurez simplement ma conclusion définitive à propos de glaces à Stockholm: le meilleur parfum est celui à la mangue, et la saveur la plus originale réside dans cette curieuse baie lapone, sorte de mûre orange que l'on nomme Laka. Et, ayant testé les deux environnements, je soulignerai également qu'il est quand même plus agréable de manger une glace quand il fait chaud que sous la neige, n'en déplaise à ces Scandinaves fanatiques!

Bref, le petit séjour de la belle Strasbourgeoise a été l'occasion de s'aventurer à Tallinn pour une journée (en Estonie, pour les nuls en géographie), en utilisant le même système que lorsque j'étais à Riga: départ au petit soir, nuit à bord du paquebot, arrivée dans la capitale au petit matin, puis départ le soir pour revenir le lendemain à Stockholm, bien fatigué...

A l'aller, sur le paquebot quelque peu désert, nous avons pu admirer la qualité d'un groupe de musique estonien suédoisement américain, engloutir des bonbons et des chocolats du Duty Free Shop (agrémenté d'une goutte d'alcool, je vous l'accorde), et, cerise sur le bateau, j'ai gagné une bouteille de "champagne" (qualité estonienne), en jouant à un misérable jeu où il fallait simplement jeter un anneau autour de la dite bouteille... quand l'enjeu en vaut la bouteille, je suis très adroit! Bon, ceci dit, j'ai jamais bu la bouteille, elle est restée dans mon corridor à Stockholm, ou a disparu dans les méandres d'une soirée où on m'avait invité, mais ça ne doit pas être une bien grosse perte!

Nous nous sommes aventurés dans la belle ville toute médiévale au petit matin, alors qu'un soleil timide nous éclairait gentiment. Une fois parvenus à déterminer si nous étions intra ou extra muros (ben oui, ma soeur et moi on fait la paire!), nous avons parcouru ces jolies rues pavées, visité des églises toutes plus jolies et dures d'accès les unes que les autres, volé des photos du brave pope de l'église orthodoxe, et fait les magasins tallinniens du centre commercial. On a également envoyé une merveilleuse carte postale d'anniversaire à notre géniteur, en faisant aveuglément confiance à une petite bonne femme qui nous a traduit "Bon anniversaire" dans son patois d'origine et qu'on a retranscrit tel quel (quelqu'un vérifiera-t-il un jour ce que ça veut vraiment dire?).

Bref, après une jolie journée à galoper à droite et à gauche et à photographier des maisons couleurs pastels, on est gentiment revenu à notre cher paquebot (qui avait un nom absolument ridicule, genre "Romantica"), acheté de l'alcool de Laka pour mon papa (eh, faut suivre, hein, je vais pas répéter ce que c'est), et fait de beaux rêves...

Une fois rentré, et quelques musées stockholmiens plus tard, ma grande soeur est partie s'en retourner vers l'Alsace, et, puisqu'elle a vraiment insisté, je lui ai donné un petit piano vraiment léger à transporter pour l'occuper un peu. L'emballage au scotch et aux ficelles et le petit trajet jusqu'à la navette qui conduit à l'aéroport resteront... inoubliables!

lundi 6 avril 2009

Délivrance





Un nouvel intitulé intringuant, n'est-ce pas? Même s'il ne fait pour une fois pas référence au chef d'oeuvre cinématographique du même nom, il existe quand même plusieurs raisons à mon titre.

La première et la plus évidente est que, comme dans le reste de la Scandinavie je crois, notre ami le printemps vient de bouter l'hiver hors de Suède, du moins pour le moment: les Suédois utilisent l'expression "temps d'avril" pour définir les aléas climatiques qui secouent ce mois sacré, donc il n'est pas impossible qu'entre les deux saisons, la pire contre-attaque (j'en ris moi-même). Quoiqu'il en soit, et véritablement du jour au lendemain, on est passé mercredi dernier d'une température de gel à une chaleur quasi-caniculaire et en tout cas abondamment ensoleillée (sauf hier, ce qui m'avait fait craindre le pire). Et je pèse mes mots: je me suis offert une petite ballade sans la veste, qui était devenue pour moi une seconde peau, doré par les rayons ardents, à travers un nouveau coin de forêt près de Kungshamra. J'y ai d'ailleurs découvert une clairière, au sommet d'une colline, où je me suis allongé pour une petite sieste avec vue animée d'un ciel bleu éclatant, sur une herbe déjà sèche qui courbait l'échine après le départ de son protecteur blanc. C'était d'autant plus savoureux que je pouvais distinctement apercevoir en contre-bas le grand lac encore gelé, et à ma droite quelques flaques de neige tenace. Un régal!

Le lendemain, j'ai scruté attentivement les recoins de mon amie la forêt: si les feuilles vert tendre n'osent pas encore surgir des arbres, quelques petites fleurs bleues se sont déjà étirées en poussant les feuilles mortes, et le sol se plaît à distiller un nouveau parfum tout à fait agréable. Dans une pose très peinture romantique, je me suis hissé sur un rocher dominant le reste de mon domaine, où j'ai lu un chapitre de mon manuel de gestion des déchêts (un peu moins romantique, d'accord). J'espère que ce temps beau comme les images de mon miroir va perdurer, au moins pendant que ma charmante soeur visite Stockholm (je tiens à rassurer ses parents, la petite Marie est actuellement dans la navette pour la capitale).

L'autre raison pour laquelle j'emploi "délivrance" est nettement plus cynique: j'ai visité la semaine dernière une companie suédoise qui récolte les déchets recyclables d'une des banlieues de Stockholm, les trie et les achemine vers leur destinataires pour être remodelés. Une visite très instructive, qui m'a permis de mesurer l'empleur du matériel auquel on faisait face: les enfants, si vous m'écoutez, continuez de recycler, mais arrêtez également de consommer n'importe quoi - ceci est le premier message politique du blog! Bref, dans la catégorie désolante, il y avait cette gigantesque montagne de livres, qui se dressait là devant nous avec des connotations historiques douloureuses. Ils n'avaient en fait jamais été ouverts, étaient flambant neufs (la plupart étaient des manuels divers et variés, ou des best-sellers de l'année) et c'est leur éditeur qui les avait directement convoyé ici. J'ai naïvement demandé si les recycleurs avaient l'autorisation de tenter de revendre ou de donner les livres, et évidemment non, pour des questions évidentes (du moins pour l'éditeur) de commerce et de droits perçus. Je sens que ce genre de discussion aurait enflammé Madame ma mère...

Sur ce, je vais de ce pas chercher ma soeurette à la gare. Demain, direction Tallinn, avec une croisière similaire que celle que j'avais faite à Riga!

mercredi 1 avril 2009

Objectif Thune








Pour reprendre là où je m'étais arrêté la dernière fois, je commencerai donc par la visite d'une éolienne il y a deux semaines, visite organisée spontanément par une gentille Suèdoise du Master Sustainable Technology, dans lequel j'ai suivi quasiment tous mes cours. Ainsi donc, moi et mes collègues internationaux sommes partis en excursion à quelques dizaines de kilomètres au nord de Stockholm, afin d'atteindre une grande île de l'archipel à proximité. En effet, un Suèdois illuminé a décidé un beau jours d'y construire là, fière et solitaire, une majestueuse éolienne blanche- j'avoue que le vent ne semble pas y manquer.

Nous l'avons donc aperçue depuis le ferry que notre bus a utilisé pour traverser le bras de mer - ou le lac, ou le méandre, on ne sait jamais très bien à vrai dire... Elle semblait heureuse de notre visite puisqu'elle n'a pas cessé d'agiter les bras à notre attention. Nous l'avons finalement atteinte, afin d'en mesurer la dimension - 70 mètres et quelques pales, si je ne m'abuse. Elle m'a fait penser à une fusée, surtout lorsque nous sommes rentrés à l'intérieur de la bête en question. Avec le petit cabot du propriétaire des lieux, qui bondissait partout et attirait les caresses (le cabot, pas le propriétaire), on se serait cru au beau milieu d'On a marché sur la Lune.

On n' y était pas si à l'étroit que ça, pour tout dire - en tout cas la grosse vingtaine de mes joyeux camarades pouvaient être casée intégralement sur la plateforme. J'ai été également surpris d'y trouver un ascenseur, certes rudimentaire, en plus de l'échelle murale. En raison du vent qui ne se privait pas, nous n'avons pas été autorisés à monter jusque dans la nacelle, à cause du bruit et des vibrations - je me demande de toute façon combien de temps cela aurait pu prendre de nous faire tous monter et redescendre...

Le bonhomme qui avait fait construire cette belle hélice ne parlait que suédois, et il était visiblement surpris (les piliers du bar local le furent plus encore par la suite!) de voir débarquer les rejetons des 5 continents (ou presque) visiter son chef d'oeuvre. Imaginer un mélange d'européens, de chinois, de sud-américains, d'africains et j'en passe, aucun ne parlant suédois! C'est donc son frère qui nous a traduit ses propos en anglais avec quelques dizaines de secondes de décalage. D'après ce que j'ai compris, plutôt que de construire une ferme ou d'exploiter la forêt avoisinante, le gaillard avait utilisé son terrain pour réaliser ce projet un peu fou - il lui a fallu près de 8 ans pour le faire aboutir. L'investissement devrait être rentabilisé en 2010, et le Suédois s'en frottait les mains d'avance. Apparemment, c'était surtout les couronnes suédoises qui semblait motiver son choix, même si j'ai cru déceler aussi une pointe de fierté environnementale et d'idéalisme. Comme il revend directement l'électricité produite sur le réseau, ce projet ne rapporte pour l'instant rien du tout aux autres riverains de l'île, qui ont en revanche notoirement râlé dès la naissance du projet, pour des questions d'esthétisme: effectivement, au milieu de ce bel archipel de petites îles sculptées par la forêt, il est difficile de rater l'objet tout blanc qui se détache du ciel gris.

Mais l'avenir est en marche, et nous avons pu apercevoir un nouveau chantier à 200 mètres de la première éolienne, qui verra accoucher la petite soeur, qui devrait néanmoins dépasser son ainée en taille et en puissance. Le nouveau né appartiendra par contre théoriquement aux habitant de l'île, du moins ceux qui pourront en acheter une part, si toutefois ils veulent investir dedans.

J'ajouterai que cette éolienne n'était guère bruyante, même en étant à ses pieds. De toute façon, une loi fixe désormais une interdiction de construire dans un rayon de 500 m autour, par mesure de sécurité et de confort. D'ailleurs, pour souligner l'utilité de cette loi, j'ai pris conscience d'un détail qui ne m'avait jamais traversé l'esprit auparavant: imaginez vous vivre à proximité d'une éolienne, quand le soleil brille - faites abstraction de la Suède - et essayez d'estimer votre patience vis à vis de l'ombre des pales qui fait clignoter inlassablement votre joli salon...

Nous sommes donc rentrés en fin d'après-midi à Stockholm, la tête dans les nuages et la Lune.

dimanche 15 mars 2009

Akaba och Abba




Si je vous dis que "och", qui signifie "et" en suédois, se prononce "auk" par les aut-och-tones du pays de la neige, avouez que c'est un super titre que j'ai trouvé cette fois, hein? Bon, reste plus qu'à broder dessus maintenant...

Pour le premier mot énigmatique, sachez que je viens de sortir de près de 4 heures de projection -gratuite- d'un célèbre et excellent film de David Lean, où un chevaucheur de chameau blond comme un suédois scande "Akaba, Akaba!" comme un furieux avec Antony Quinn et Omar Sharif à ses jupons... vous voyez de qui je parle? Et oui, faut aller jusqu'à Stockholm pour enfin voir une copie décente de Laurence d'Arabie sur grand écran!

La projection ensoleillée et torride était d'autant plus savoureuse qu'elle a laissé place à une rentrée penaude dans la brûme glacée jusqu'au bercail. Car je rappelle que c'est toujours l'hiver ici et que la poudreuse étincelante est bien la seule lumière qui risque de vous aveugler! Par ailleurs, je vous annonce avec frayeur ma dernière découverte: Stockholm est victime d'un serial siffleur. Un quoi? Un serial siffleur, oui, un type qui se prend pour un rossignol et qui m'a poursuivi déjà plusieurs fois: il était là à la sortie du Lac des Cygnes, après m'avoir déjà cassé les noisettes sur le ballet éponyme, et là, ce soir, le virtuose a récidivé pendant le retour à pied jusqu'au métro, reprenant la musique de Maurice Jarre dont le film est fortement imbibé.

Fiuuu-fiuuuu, fiu-fiu fiuuu fiuuuuuuu fiuuuu fiuuuu... La photo de Lawrence ci-dessus résumait bien ma pensée. Alors que je cherchais à découvrir l'identité du mystérieux M le Maudit, et que je me faisais la réflexion que finalement personne n'avait un quelconque accent trahissant sa nationalité lorsqu'il sifflait, j'ai salué d'un clin d'oeil international un lapin qui foldinguait dans la neige - et j'avoue préférer ça aux rats qu'on peut croiser ou entendre à l'occasion jouer dans les bennes de recyclage. Ce qui m'a rappellé que j'avais vu également chahuter il y a deux jours, devant ma fenêtre, trois petites biches frêles (des vraies, hein!) dans la clairière enneigée, qui chassaient le dahut près de la route et qui ont failli se faire transformer en purée d'airelles par une voiture bien grasse et gourmande d'essence, comme le sont la plupart des bagnoles, certes peu nombreuses, de Stockholm - sentez le regret environnementaliste pointer dans ma gorge!

Bref, le spectacle des trois bambis insolites m'invite tout naturellement à introduire Abba (vous noterez ce soir le cheminement brillant de ma pensée - alors imaginez les transitions que je suis capable de faire dans les nombreux rapports scientifiques en anglais qu'on doit rendre à KTH: mes groupes de projet trouvent curieusement mes phrases trop longues!). Car trois autres biches ont également marqué ces derniers jours: deux Françaises exhubérantes ont rendu visite à une de mes amies haute-alpine pendant la semaine, et, non contentes de me la fatiguer, elles me l'ont finalement ravie et l'ont remmener dans leurs montagnes - sous prétexte d'un stage, peuh!

Jusque là toujours rien à voir avec Abba. C'est lorsque nous sommes finalement allé un matin de -très- bonne heure manger un petit déjeuner suédois en ville que l'objet est apparu: bien sûr, rien à voir avec le chanteur, ce serait trop facile! Abba, que vous pouvez trouver dans tout bon supermarché ICA ou COOP qui se respecte, c'est une marque de produits poissonneux, dont l'emblême insolite reste assurément le caviar orangé en tube. La découverte gustative est à marquer d'une croix bien nette: pas totalement infâme, mais loin d'être sincèrement bon! Et les boulettes de poissons en conserve qu'ils commettent également n'est pas forcément un meilleur argument, même si ça change de temps en temps des boulettes de viande...

Bien, avec tout ça, il est 1h, il y a toujours de la brûme dehors, et je m'en rejouis, moi qui m'en vais faire ma lessive à 200 m de chez moi, ce qui implique trois allez-retours riants. A ceux qui me demanderont pourquoi faire une lessive à 1h du matin, je leur répondrai amèrement qu'il faut réserver la machine trois jours à l'avance, et que cet horaire là est curieusement un des plus délaissés. Enfin qui sait, avec la chance que j'ai en ce moment, je croiserai peut être un dromadaire lapon sur le chemin. Sur ce, à bientôt - demain, je visite un champ d'éoliennes, j'essaiereai de prendre des photos!

lundi 2 mars 2009

Neiges éternelles





Certes, je déserte de temps en temps ce malheureux blog, mais c'est pour mieux y revenir un mois plus tard! Malgré les rumeurs de printemps qui émanent de la France, je tiens à vous rassurer, l'hiver se sent tellement bien chez nous en Suède qu'il a décidé d'y dormir en laissant traîner sa couverture blanche n'importe où.

Mais comme c'est ma saison préférée, je peux pas me plaindre, il y a même du soleil de temps en temps, et les jours ont déjà considérablement rallongé par rapport à décembre.

Alors, pour résumer succintement le dernier mois, j'ai rejoint un club de jonglage sympatique à Stockholm, où les protagonistes sont tous suédois, à l'exception des seules femelles du groupe (une Canadienne et une Allemande, charmantes et anglophones). J'ai également jonglé entre les différents projets de groupe dans les trois cours que je suis, avec des sujets plutôt inspirants, en fait:

- investiguer le système de management environnemental de Preem, cette belle companie pétrolière suédoise symbolisée par ce sympatique ours orange et vert (sur la photo) que l'on peut admirer sur la plupart des stations essence,
- examiner les stratégies possibles pour une production plus propre (environnementalement parlant) de la bière, boisson divine que nos amis blonds ne maîtrisent qu'assez mal, force est de le constater,
- et dans le cadre de mon projet de recherche jusqu'à fin mai, étudier la gestion du sytème de traitement des eaux dans les stations scientifiques françaises de l'Antarctique (pas banal, hein?)

A part ça, j'ai accueuilli à moufles ouvertes une amie française, Chloé, qui avait malheureusement sous-estimé quelque peu la fraîcheur du pays du Père Noël, et qui a manqué de tomber malade - bon j'avoue, je crois qu'elle est venue au mois le plus froid de l'année, les températures oscillant entre -10°C et -2°C! J'ai également tenté une excursion sur un grand lac gelé (vous me direz, le lac sur la photo n'est pas gelé, certes, mais c'est pas le même, je trouvais juste la photo jolie, tout comme l'autre avec le crépuscule rose, triste consolation des aurores boréales), une excursion sur un lac gelé, disais-je, au nord de la capitale, qui s'est en fait avérée tout à fait humiliante, vu que j'avançais comme un pingouin manchot et boiteux, avec ces patins à glaces géants que le quidam suédois peut louer partout pour aller jouer au Lac des Cygnes (le dit ballet que je suis également allé voir à l'Opéra de Stockholm, pour aller de paire avec celui que j'avais vu en décembre, Casse Noisette version Noël suédois).

Sinon, j'ai expérimenté la luge avec des sacs plastiques sur les pentes enneigées de Lappis (maudite résidence étudiante à 3 km de chez moi, où l'écrasante majorité de mes amis habitent et qu'il me faut régulièrement rejoindre dans le froid et la glace - injuste). J'ai gagné des parties d'échec contre un adversaire dont je ne pouvais ni épeller ni localiser le pays d'origine (le Kirghizistan, ou Kirghizstan, ou Kirghizie, enfin bref, vous voyez, ce pays à côté de l'Ethiopie, quoi). Et j'ai mangé un pseudo-plat traditionnel suédois (bon au demeurant) au restaurant, où cet escroc de serveur a pensé que je ne réaliserai pas la différence entre du saumon sauvage et du colin blanc (il avait quand même triplé la ration, pour compenser, au cas où)...

En attendant la venue de ma grande soeur en avril, je songe à aller fréquenter compulsivement la cinématèque, où François Truffaut est à l'honneur ce mois-ci, et peut être m'exiler enfin à Coppenhague un petit week-end...

dimanche 1 février 2009

Erreurs boréales





Derniet volet du voyage en Laponie: au petit matin, après une nuit marquée par une nouvelle petite excursion infructueuse à 3h du matin en quête d'aurores boréales, nous devons partir d'Abisko pour revenir à Kiruna. En attendant le train, moi et quelques autres décidons d'aller voir le lac gelé en contrebas de la gare. Le spectacle est à couper le souffle: un désert de glace, immobile et silencieux.

Nous en retirons les plus belles photos du voyage, et nous apprêtons à repartir, lorsque soudain, un éclat étrange et coloré attire nos yeux: une sorte d'arc en ciel informe caché par les nuages gris qui passent. Notre exhaltation est grande, et, après un certain débat interne, nous réalisons notre chance: nous avons sous nos yeux une aurore boréale - en plein jour. A mesure que l'on se hâte de retourner vers la gare, nos yeux sont rivés sur le spectacle céleste, et, une fois installé dans le wagon surchauffé, et après avoir salué un troupeau de rennes en guise de vaches placides, nous ouvrons les vitres pour continuer à observer le phénomène, et l'on se prend à rêver...

Les lueurs persistent jusqu'au coucher du soleil (vers 14h). Arrivés à Kiruna, réjouis et satisfaits, nous décidons d'achever notre beau voyage avec la visite incontournable de l'Hôtel de Glace. Comme son nom l'indique, ce Ice Hotel est entièrement construit avec la glace du lac à proximité ("si pure et claire qu'on l'exporte jusqu'au Mexique pour des projets similaires" - je ne ferai pas de réflexion sur l'intelligence de cette belle idée), possède une cinquantaine de chambres (toutes au rez de chaussée, faut pas déconner!) et une église ravissante (avec son bénitier, son crucifix et ses bancs de fidèles, tout en glace!). D'ailleurs, aujourd'hui, 4 mariages y ont lieu - et les mariées ont l'air de frissonner un peu!

Etant donné le coût élevé de la nuit dans une chambre du dit hôtel, il est hors de question d'y coucher là, mais pour la modique somme de 17 euros, nous sommes autorisés à le visiter. Parti avec un certain a priori négatif sur ce que je risque d'y trouver, je suis agréablement surpris: même si la visite guidée de 15 minutes consiste en une apologie du génial concept d'habiter dans une maison en glace et du génie technique mis en oeuvre pour le réaliser, et même si la visite se termine oportunément dans le Ice Bar, où l'on peut déguster sa vodka suédoise dans un verre de glace pour les portes monnaies qui se sentent trop gras, l'endroit possède aussi une réelle dimension artisitique. La plupart des chambres, que l'on peut toutes admirer avant la nuit et l'arrivée des clients, ont été décorées et aménagées par des artistes invités des 4 coins du monde, ou presque. On retiendra celle conçue comme un arbre géant où le lit gelé (où s'étend une peau de renne en guise de matelas) figure à la cime, celle remplie d'étoiles et de lunes, ou encore la chambre conçue comme une champignonière (ce qui évoque en nous le périple de la mine quelques jours plus tôt!). Bref, même si les dirigeants de l'hôtel savent profiter au maximum de leur juteuse célébrité, le résultat reste féérique.

Revenus dans le centre de Kiruna et son auberge de jeunesse, la dernière nuit s'écoule, sans les lueurs nacrées désormais. Un concours de chorégraphies en groupe, une tentative de jeu du "quart de singe" version anglaise (assez délicate alors que personne ne maîtrise vraiment les subtilités de la langue de Shakespear), et une ultime -longue- ballade nocturne en quête des lumières nordiques en pleine nuit animeront la soirée.

Enfin, le lendemain matin, nous rencontrons l'éleveur de champignons un peu étrange et son van qui nous avaient conduit à la mine le premier soir, afin qu'il nous serve de taxi (pour la moitié du rpix, évidemment). Le bonhomme roublard accepte, avec un grand sourire, mais, avant de monter dans le van pour aller à l'aéroport, le malicieux nous désigne les fameuses lueurs arc-en-ciel réapparues depuis l'aube: "You know what these lights are?". "Bien-sûr", répondons nous en choeur avec un grand sourire, "ce sont des aurores boréales!". Un grand rire balaie cette affirmation un peu naïve. Notre chauffeur nous explique avec bienveillance qu'il n'est pas possible de voir des aurores boréales en plein jour. Ce que nous admirons depuis la veille, ce sont les effets de la diffraction sur des particules, des aérosols venus tout droit de l'Europe du Sud. Ce que nous avons vénéré depuis hier, c'est l'effrayante expression d'une pollution atmosphérique...

Au début incrédules, nous réalisons, dépités, qu'il ne dit peut être pas n'importe quoi (et les informations que j'ai trouvées sur Internet semblent bien lui donner raison).

Ainsi, nous n'aurons finalement vu aucune aurore boréale durant ces 5 jours, malgré tous nos efforts pour traquer ces maudites lumières. Mais qu'à cela ne tienne, le jeu en valait la chandelle!

vendredi 23 janvier 2009

Le traîneau du Père Noël




Après un lever aux aurores (même si cette expression perd un peu de son sens en cette saison) et un frugal petit déjeuner, nous nous réunissons pour gravir la montagne jusqu'au chenil aboyant. Ayant récupéré une admirable combinaison de ski noir et jaune fluo de fort bon goût et des moonboots bien fourrées, je suis armé pour l'expérience ultime: conduire des chiens de traîneau, moi qui ai toujours été si confiant et courageux en face d'un canidé...

Arrivés devant les bestioles, on nous sépare en deux, vu le nombre élevé de participants: la moitié conduira les traîneaux pendant la première heure, tandis que l'autre les suivra plus ou moins librement, assis spartiatement dans deux wagonets tracté par une moto-neige. Mais avant cela, je n'y coupe pas: il faut enfiler leur harnais à un ou deux chiens. On me fait donc entrer dans une cage sinistre où m'attendent trois loups assoiffés de sang... qui s'avèrent être finalement d'une passivité exemplaire une fois qu'on les a pris par le collier, et j'en suis relativement sidéré! Le troisième est tout de même un peu espiègle et s'amuse à jouer à cache-cache entre les deux niches posées dans la cage pendant un bon moment.

Puis l'on doit traîner les bébêtes par le collier jusqu'à une place très précise pour chaque traîneau et l'atteler (et les dites bébêtes ont l'air folles de joie de sortir de leur cage, voire un peu trop vu qu'elles essaient de se barrer n'importe où, en jappant allégrement). Et, à mesure que les chiens sont attachés à leur traîneaux respectifs, un concert de hurlements exhaltés ou plaintifs démarre, assez magnifique et impressionnant, tandis que la plupart des quadripèdes essaient de faire démarrer leur traîneau en le tirant désespérément, alors que celui-ci est ancré comme un navire à la neige glacée. Au total, c'est une petite dizaine de traîneau qui se met en branle, à raison de quatre chiens par traîneau, chacun conduit par une personne. Et je précise que non seulement le bruit mais aussi l'odeur sont au rendez-vous...

Moi, je m'assois confortablement en queue du deuxième wagon, derrière la moto-neige. Je réalise rapidement que le sourire adressé avant de partir par le joyeux Suédois qui conduit l'engin signifie que c'est la place la plus chaotique: en effet, la petite ballade endiablée qui s'en suit dépasse largement en sensation les montagnes russes les plus redoutables! De bosse en bosse, en essayant d'éviter les vagues de neige qui nous arrivent dans la frimousse, nous contemplons le paysage désert et encourageons réguliérement les pilotes de traîneau que l'on dépasse.

Enfin, à mi chemin, après avoir dégusté une glace bien fraîche en traversant un lac gelé, nous changeons de véhicules, comme avant sous le choeur de hurlements lupins, et je me met à piloter (admirablement, cela va sans dire) mon propre traîneau, avec quatre chiens fort sympatiques. Bon, en fait, je vous l'avoue, il n'y avait pas grand mérite à arriver sain et sauf, vu que les chiens dirigeaient quasiment eux-même le traîneau. Il suffit juste de freiner dans les descentes ou quand le cortège s'arrête (ces idiots à fourrure voulant tout le temps dépasser tout le monde) et d'aider à pousser dans les montées (mais pas trop quand même, vous me connaissez), voire de vaguement diriger l'engin en poussant d'un côté ou de l'autre. Et de hurler pour avertir le grand blond de tête si les chiens se bagarrent entre eux (mais je n'en ai pas eu l'occasion, ouf!).

Au final, une petite heure de Jack London au beau milieu de la Laponie, sans aucune chute ou morsure (contrairement à certaines vétérinaires?). Je vous le demande, que rêver de plus pour des vacances d'hiver?

samedi 17 janvier 2009

Abisko - rien à voir avec le chanteur...






Le lendemain de notre arrivée à Kiruna, nous prenons le train, direction Abisko, un parc national encore plus au Nord, entre Kiruna et Narvik. Nous avons réservé là-bas deux nuits dans une auberge de jeunesse, qui offre également un sauna quotidien et une ballade de deux heures en chien de traîneau. Sachant qu'il y a là-bas deux gares, nous nous arrêtons évidemment à la mauvaise, où, à part un bâtiment de l'office de tourisme, il n'y a rien que de la glace et de la neige, posées sur un superbe paysage (avec des montagnes, une rareté en Suède!).

Nous décidons donc, en attendant la tombée de la nuit et le seul train de la journée qui nous ramènera à l'autre gare (la bonne), de partir en ballade. C'est l'occasion de vérifier la qualité de nos vêtements: mon anorak rouge se révèle non seulement voyant, mais aussi plutôt efficace avec la polaire en dessous. Les chaussures de marche et leur grosse paire de chaussettes survivent aux enlisements dans la neige profonde, et le jeans avec son caleçon long en-dessous assure le service minimum (une pensée émue à mes amis métropolitains). Les gants et le bonnet se révèlent par contre assez limités au bout d'une heure, et les joues nues finissent par prendre un sacré coup à la fin de la journée (heureusement, l'Allemande qui est avec nous a rapporté une simili-graisse de phoque pour se vernir le visage façon musée Grévin).

Bref on survit, jusqu'à l'arrivée d'un camp sami désert (et reconstitué), où l'on essaie de se réfugier dans les cabanes haut perchées, en vain [cf photo]. Une sorte de Grand Canyon de glace se laisse également admirer dans le crépuscule, et nous suivons la rivière qui s'en écoule jusqu'à un grand lac majestueux et mi-gelé. Enfin, vu l'état des pieds de l'un d'entre nous, on se hâte de rentrer au bercail en attendant le train, qu'on manque de louper ensuite, d'ailleurs, vu que le perfide est arrivé en avance!

Nous arrivons enfin au petit village d'Abisko-Est, et sa gare déserte. Une pensée nous a réanimé durant tout cet après-midi fraîcheur: le délicieux sauna du soir aux températures positives... Mais en fait personne ne s'est vraiment préoccupé des consignes pour l'utiliser: or le patron débonnaire du magnifique chalet dans lequel nous logeons nous apprend, que, pour utiliser ce merveilleux Swedish Montain Sauna, qui fait toute la fierté de la maison, il faut, "par mesure d'hygiène", y entrer sans aucun vêtement ou serviette personnels... Par ailleurs, étant donné qu'un créneau d'une heure et demi nous est réservé à nous dix, puisqu'ensuite les autres du chalet y passent à leur tour, et qu'il est impossible d'y prévoir plus d'un passage dans ce labs de temps, cela signifie donc sauna mixte tous ensemble! Je vous épargne le débat houleux qui s'en suit, mais, une heure plus tard, c'est donc bien tout le groupe au grand complet qui pénètre dans cette fournaise, en tenue d'Adam et d'Eve... Scène surréaliste quand on y repense, étant donné qu'en plus, chacun est tenu de se doucher à la suédoise en se renversant sur le gueule une bonne bassine "moitié eau chaude, moitié eau froide" après s'être savonné à la lueur du feu - je vous rassure, si vous en doutiez, le Suédois roublard est aussi là à poil pour nous expliquer comment l'on procède pour prendre sa douche, remettre du bois dans la cheminée et jeter de l'eau sur le feu...

Et donc, dans la pénombre humide de cette salle tout de bois vêtue, on suffoque là pendant une heure et demi, souvent hilares, en ponctuant les bouffées de vapeurs violentes par des -courtes- sorties hystériques dans la neige avoisinante, Suède oblige, toujours nus comme des vers. Bon, pour des raisons de droit à l'image, vous ne verrez pas la photo où les dix petits angelots grelottent à poils en sautillant dans l'attente du flash, mais sachez qu'elle nous a coûté bon nombre de frissons! Bref, on a tellement aimé qu'on y retournera le lendemain, à la même heure!

Enfin, la journée s'achève par une promenade en raquette à neige, à la recherche pleine d'espoir d'aurores boréales, sans succès hélas. Par contre, on réussit à déclencher l'aboiement des chiens-loups du chenil dans la montagne, ce qui, vous l'imaginez, me réconforte au plus haut point, moi qui vais devoir les atteler à un traîneau le lendemain!

mardi 13 janvier 2009

Kiruna mon amour




Hej hej! Je tiens tout d'abord à souhaiter la bonne année à ceux que j'aurais réussi à manquer ces dernières vacances: GOTT NYTT ÅR!

Après mes délicieux réveillons de Noël et du Nouvel An passés en France, je suis rentré à Stockholm lundi dernier, pour en repartir douze heures plus tard. Direction: Kiruna, au Nord de la Suède, dans la Laponie profonde (le pays des Samis, plutôt, pour être politiquement correct - j'en profite pour saluer mes Samis, d'ailleurs!). Deux cent kilomètres au dessus du cercle polaire, au mois le plus froid de l'année: tentant, hein?

Nous sommes partis à 10, avec 4 Français, 1 Allemande et 5 Italiens, en prenant l'avion, vu que le train était tout aussi cher et 6 fois plus long. Arrivés mardi à 13h à l'aéroport, nous découvrons qu'aucun bus ne circule en hiver vers le centre de Kiruna, là où se dresse l'hôtel que l'on a réservé... Qu'à cela ne tienne, nous engageons un chauffeur de navette qui moisissait là en attendant des passagers vers l'Ice Hotel (dont nous reparlerons plus loin). Nous voyageons donc en bus privé jusqu'à notre hôtel, tout à fait charmant, avec 3 chambres, deux salle de bains et deux cuisines qui nous attendent (très) chaleureusement, comparé à la température extérieure, qui avoisine les -13°C (je sais, vous me direz, c'est pratiquement la température qu'il fait à Marseille en ce moment).

Après avoir posé nos sacs et erré dans les rues désertes et bien blanches de cette ville très allongée, nous décidons d'aller visiter le fameux hôtel de glace à l'extérieur de la ville. Erreur: c'est le jour de l'Epiphanie, férié en Suède, et aucun bus ne circule non plus depuis la ville. Il est 14h30 et il fait nuit. Nous songeons alors à visiter la mine de Kiruna, qui descend jusqu'à 1 km de profondeur et s'étale en face de la ville, avec toutes ses lumières (trop!) visibles. Mais là encore: comment y aller? C'est alors que nous apprenons qu'un personnage obscur fait pousser des champignons japonais au fond de cette mine, et se propose de nous y emmener nous la faire visiter: on ne peut pas rater ça! Ayant recueuilli 3 Allemands suplémentaires avec nous, nous nous retrouvons à 13 dans le van (prévu pour 8) conduit par cet étrange individu assez jovial et plutôt enthousiaste quand il s'agit de raconter les conflits sociaux des mineurs de Kiruna, et les histoires de fantômes!
Après une descente aux enfers jusqu'à 500 m de profondeur, sur une route bétonnée sans lumières, nous descendons du van, visitons la salle de machines de la mine et tentons de comprendre le procédé vachement ingénieux qui permet de la creuser étage par étage, à l'aide de la bonne vieille dynamite nationale. Anecdote notable: le guide nous assure que chaque nuit à 1h30 du matin, on peut sentir la secousse dans toute la ville quand la charge explose... Nous resterons éveillés deux soirs de suite pour la sentir, en vain. Se serait-il doucement foutu de nous?
Enfin, le caractère "Alice aux pays des 7 nains" atteint son paroxysme quand nous entrons dans cette caverne où ce bon vieux grand-père un peu Chafouin sur les bords fait pousser ses champignons sur des bûches de bois (la température et l'humidité constantes étant des atouts clés, affirme le bonhomme). Nous les goûtons, ces fameux "Shii také" renommés dans les restaurants: ils sont effectivement forts en goûts, et rappellent un peu le bleu d'auvergne quand on les mastique assez longtemps...
Le gars nous ramène enfin à l'hôtel, où nous mangeons pour la première (mais pas le dernière) fois du périple des pâtes italiennes, sauce Renato (du nom de son jeune inventeur présent dans le groupe)....